Par Jacques Ferber

Dans la première partie sur la fluidité du dauphin j’avais analysé la manière dont l’intuition s’exprime à partir d’une analyse cognitive rationnelle de notre façon de fonctionner. Mais cela ne suffit pas bien entendu. La fluidité du dauphin se vit dans l’expérience de la situation. Pour apprendre à nager, il faut réellement plonger dans le bassin, et ce n’est pas en lisant des livres ou en regardant des films portant sur la dynamique des fluides qu’on peut réellement ressentir ce que c’est de nager. Il en est de même pour incarner le dauphin: c’est toute notre façon de voir le monde qui change au fur et à mesure que l’on entre dans la peau d’un dauphin. Tout d’un coup, le monde n’est plus vécu comme une suite d’événements, d’êtres disctincts, mais comme des formes, des schémas globaux, « énergétiques » et signifiants, liés par une cohérence interne qui ne peut souvent pas être rationalisée par la logique ordinaire.

Tout se passe comme s’il y avait de moins en moins de différence entre l’intériorité et l’extériorité. Ce que l’on pense et ce que l’on ressent, ou plus exactement le positionnement « énergétique » intérieur, se reflète presque automatiquement et immédiatement dans le monde extérieur. Nous devenons co-créateurs du monde qui nous entoure, et nous commençons à vivre de plus en plus dans la Joie, dans la réalisation de ce que nous sommes profondément et qui apparaît de plus en plus comme une vacuité lumineuse. Le monde est juste le lieu du développement ou plus exactement, à partir d’un certain niveau, du dépouillement de l’être qui sort de la gangue du moi.

Tout se passe comme si l’Univers voulait quelque chose de nous, avait une mission pour nous. Comme l’a d’ailleurs si bien exprimé Paulo Coelho dans l’Alchimiste:

« Il y a une grande vérité en ce monde: qui que tu sois et quoi que tu fasses, lorsque tu veux vraiment quelque chose, c’est que ce désir est né dans l’âme de l’Univers. C’est ta mission sur la Terre. Et quand tu veux quelque chose, tout l’Univers conspire à te permettre de réaliser ton désir. Accomplir sa légende personnelle est la seul et unique obligation des hommes » – L’Alchimiste, Paulo Coelho

Mais il ne faudrait pas comprendre ce texte comme l’on fait le film « Le Secret » (The Secret) qui réduisent la Loi d’Attraction à la satisfaction de nos désirs infantiles (avoir plus, être aimé, être en sécurité, avoir plus de pouvoir sur les autres, etc.) à partir d’une méthode de visualisation de nos désirs. Parfois l’univers répond à ces désirs infantiles et parfois non, mais toujours à partir d’un point de vue plus global, plus général. Les désirs profonds dont parle Paulo Coelho sont les aspirations profondes de l’âme, lesquelles sont en lien direct avec l’âme du monde, comme si notre vie sur terre consistait simplement à réaliser ce que l’Univers avait eu comme intention pour nous. Parfois certains disent: « mais quelle est cette intention que l’Univers a pour moi? Quelle est ma mission de vie? » En fait, il n’y a pas à chercher cette intention de l’Univers par le mental. Il suffit de s’ouvrir à notre aspiration la plus profonde, celle qui engendre le plus d’enthousiasme, qui crée en nous un sentiment de joie profonde, qui nous fait vibrer. Pour les uns cela sera l’expression artistique, pour d’autres de monter un grand projet; pour d’autres encore de s’occuper des autres, mais dans tous les cas, cette aspiration est à la fois égoïste, puisqu’elle crée en nous une exaltation et altruiste, car elle s’ouvre nécessairement, à un certain moment, aux autres, sans que l’on ait à se forcer pour aller vers les autres.

On le voit très nettement dans le domaine artistique, où tous les grands artistes ont suivi ce qui émanait d’eux et ont créé à partir de la partie divine, inspiratrice, parfois appelée Muse, qui leur a « dicté » ce qu’ils avaient à écrire. Comme dans le film Amadeus où l’on voit Salieri en émerveillement devant l’inspiration de génie de Mozart: « il n’a plus qu’à écrire directement ce qu’il entend dans la tête et qui est le fruit de l’inspiration la plus divine ». Et cette création, pour lesquels les artistes donnent leur vie de manière totalement personnelle, est justement ce qui va remplir le coeur de ceux qui reçoivent ce cadeau. Et ce qui est évident pour l’art l’est aussi dans les domaines de notre existence, une fois que l’on commence à « voir » les signes, les flux, la structure fluide et limpide de la Vie.

La Vie est comme une descente de rivière en canoë. Elle nous fait nous mouvoir et avancer dans le sens qu’elle désire pour nous. Parfois le mouvement est lent, et nous pouvons nous prélasser, même croire que nous n’avançons plus, et parfois elle devient tumultueuse et tourbillonnante, empreinte d’une grande puissance qui nous excite ou nous fait peur. La pente est quelque fois si forte et les rapides si impressionnants, que l’angoisse de chavirer nous étreint et nous tentons de remonter le courant en nous épuisant. Mais la Vie ne permet pas les retour en arrière. Elle nous fait toujours avancer, quoique l’on fasse et nous emmène vers notre destination finale, cette grande fusion des âmes qui nous attend, ce mystère insondable qu’on appelle la mort. Mais de la source à la mer, de notre naissance à la mort, nous sommes embarqués sur ce chemin de Vie, incarnation de l’Esprit dans la matière, âme flottante qui fait l’expérience de l’incarnation. Résister à ce flux ne conduit qu’à des efforts inutiles, des peines et des souffrances.

Mais comment cela se passe-t-il au quotidien?

Vivre le dauphin c’est vivre la magie au quotidien. Un exemple: vous cherchez un hôtel sur le net. Le premier que vous voyez vous appelle, mais vous vous dites il t un peu cher, je vais essayez de trouver un autre hôtel. Et vous voyez ensuite que tous les autres sont pleins et donc finalement vous appelez ce premier hôtel et la personne vous dit: « vous avez de la chance, la chambre vient juste de se libérer car un de nos clients s’est décommandé pur cette date » c’est un miracle ordinaire pour un dauphin. Non pas qu’il obtienne tout ce qu’il veut, bien au contraire, mais qu’il fait l’expérience de l’alignement entre l’Univers et son psychisme.

C’est comme ça que les jobs, les logements, les relations amicales et amoureuses viennent a nous. C’est comme ça que la Loi d’Attraction fonctionne: non pas parce que l’univers se conforme a mes désirs, mais parce que je désire profondément ce que l’univers veut de moi, parce que nous sommes en résonance profonde. Nous sommes alors comme des surfeurs sur l’ocean de la Vie, lorsqu’il n’y a plus de différence entre le surfeur et la vague, lorsque l’unité est ressentie au plus profond de l’être (pour une manière drôle de voir cette fluidité du dauphin comme une relation de travail avec un nouveau boss, l’Univers, je vous conseille cette vidéo de Lilou Macé: L’univers est mon boss – par Lilou)

Il ne s’agit pas pour le dauphin de décider et d’aller contre le vent et les éléments, mais de percevoir la vague et de la prendre, la vague étant le désir de l’Univers pour lui, qui est en même temps son plus grand désir. Ce n’est pas un engagement envers quelqu’un ou quelque chose qui est demandé, car l’engagement est souvent une demande implicite de contrôle pour que les autres s’engagent. Ce n’est pas non plus un non-engagement, car ce n’est pas une expression narcissique du type « je fais ce que je veux quand je veux », mais une relation adulte vis à vis de l’Univers. Ce qui est demandé c’est l’intégrité, l’honnêteté envers soi-même (pas de bullshits, arrêter de se raconter des histoires), l’alignement, le centrage, l’ancrage et la fidélité envers son âme.

La seule chose que le dauphin ait à travailler pour devenir dauphin c’est son intuition, c’est a dire sa sensibilité intérieure et son alignement (ce que nous avions vu dans la première partie de cet article ), et surtout diminuer sa peur et sa relation émotionnelle à la peur. En effet, le travail essentiel d’après moi, une fois que l’on a vu ses ombres, que l’on a pris la responsabilité de ce qui nous arrive et que l’on a arrêté de projeter nos propres problèmes sur les autres, c’est le travail sur la peur. Car ce sont les peurs (peur de l’abandon, de l’inconnu, de ne pas exister ou de ne pas être reconnu, peur de ne pas être aimé, peur de la maladie, des accidents, de la pauvreté, de la vieillesse, de la mort… et donc globalement peur de la vie), qui empêchent le lâcher-prise. Et pour travailler sur ses peurs, il n’y a qu’une solution: les traverser et se rendre compte que soit elles ne correspondent à rien de réel (abandon, ne pas être aimé, misère, solitude, etc.) soit elles sont inévitables (vieillesse, maladie, mort) et donc qu’on n’a pas non plus à en avoir peur… 🙂 (e travail sur les peurs est tellement important qu’il fera l’objet d’un prochain article).

Quelques conseils pour la descente de rivière

Dans cette traversée qui est la nôtre et que personne ne peut vivre à notre place, il existe quelques règles tirées de la descente d’une rivière en canoë, qui permettent d’aider notre petit moi à se laisser conduire par le courant et à accomplir sa Légende Personnelle:

  1. Aller dans le sens du courant. Il est préférable d’aller dans le sens du courant qu’à contre-courant :- ). On avance beaucoup plus vite, c’est moins fatiguant et cela procure beaucoup plus de sensations. D’autant plus que parfois c’est même impossible de remonter un rapide, quel que soient nos efforts.
  2. Donner de l’énergie. Pour avoir de la direction, il est nécessaire d’avoir de la vitesse sur l’eau. Descendre une rivière, sauf à certains moments où l’on peut se prélasser, ce n’est pas se laisser aller. Bien au contraire, il s’agit d’avancer en suivant le courant, en l’épousant étroitement, en n’étant plus qu’un avec lui, tout en gardant une grande capacité de direction, qui est donnée en pagayant, c’est à dire en donnant de l’énergie dans notre vie. Cela paraît contradictoire, mais pour franchir les obstacles, il ne faut pas freiner: il faut donner de l’énergie pour aller plus vite que le courant et être ainsi plus « manoeuvrant ». C’est exactement ce que préconise le comportement du dauphin. Aller avec le flux de la vie ne signifie pas se laisser aller et aller au fil de l’eau. ça on peut le faire quand tout va bien, aux moments de repos, mais pour franchir les obstacles de la vie, il faut donner de l’énergie et de la présence, tout en étant souple et capable d’éviter les obstacles sans ramer à contre-courant…
  3. Ne pas avoir peur (je reviens sur le sujet, mais c’est tellement important). La Vie a créé cette ligne de vie pour nous, pour qu’elle soit accomplie. Nous avons juste à nous éveiller à la conscience de ce que nous sommes et à faire confiance à la Vie: cette rivière est bonne pour nous, et nous pouvons aller au centre de la rivière, là où le courant est le plus fort, là où l’on se sent le plus vivant. Si nous restons sur le bas côté, rien ne se passe et nous périssons à petit feu.
    Il ne s’agit pas d’avoir confiance en soi, même si cela aide bien évidemment, mais d’avoir confiance en la Vie. En tant qu’ancien timide (ce qui peut remonter de temps en temps), je sais combien il est difficile d’avoir confiance en soi, d’oser… Mais cette confiance en soi, fondamentalement, est liée à la confiance en la vie. Les dépressifs le savent bien: quand tout semble aller mal, la mort paraît plus simple que vivre. Tout simplement parce qu’on n’a pas le courage de sortir de nos schémas habituels qui nous font rester sur place et d’aller dans le grand courant de la Vie. Enjoy the ride!
  4. L’alignement plus que la volonté. Il y a beaucoup de cours de développement personnel qui disent que le succès vient notamment de la volonté et de la discipline. Cela peut marcher pour quelques personnes. Mais n’étant pas très discipliné (j’écris ces articles quand l’inspiration vient et non quand je « dois » le faire par exemple), j’ai cherché autre chose :-). Et je me suis rendu compte que pour un dauphin, il n’y a pas besoin d’avoir une grand volonté au sens classique du terme: il lui suffit simplement d’être en total alignement avec ses aspirations profondes et en relation énergétique avec l’univers. Et de donner de l’énergie lorsque cela est nécessaire, sans en faire une contrainte, une obligation morale. Tout repose en dernier ressort sur la notion d’alignement avec son âme. Cet alignement intérieur engendre la réalisation extérieure. Quand nous sommes alignés et en paix avec nous mêmes et avec le monde, tout se passe comme si le divin le remarquait et nous envoyait de manière magique toutes les réalisations possibles en accord avec notre âme.

Un dauphin est donc à la fois souple et énergique, fluide et puissant. Il accepte tout ce qui arrive, qu’il s’agisse d’épreuves ou de moments de détente, car la Joie ne réside pas dans le côté agréable de certains moments, mais dans la prise de conscience que nous descendons ce fleuve qu’est la Vie. Pourquoi ne pas y prendre du plaisir?

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1 Commentaire
  1. marie bazin

    C »est un poème! les dauphins s »en régalent!

    Merci

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